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Sénégal
Situé dans la partie la plus occidentale du continent, le Sénégal est bordé par la Mauritanie, le Mali, la Guinée et la Guinée-Bissau. Doté d'un climat tropical et sec, il compte 16,7 millions d'habitants, dont le quart vit dans la région de Dakar (0,3 % du territoire).
Seconde économie d’Afrique de l’Ouest francophone derrière la Côte d’Ivoire, le Sénégal a structurellement une économie tertiarisée, le secteur représentant 61% du PIB (télécoms et tourisme en tête), contre 23% pour le secteur secondaire et 16% pour le secteur primaire.
DONNEES POLITIQUES ET ECONOMIQUES
Situation politique
Le Sénégal est l’un des pays les plus stables d’Afrique. Les trois alternances politiques, depuis l’indépendance en 1960, ont été pacifiques. Au pouvoir depuis 2012, le président Macky Sall a remporté un second mandat (de cinq ans) en février 2019. Il a annoncé en juillet 2023, qu’il ne prendrait pas part à la prochaine élection présidentielle prévue le 25 février 2024.
Les élections législatives du 31 juillet 2022 ont créé une situation inédite au Sénégal avec une assemblée nationale caractérisée par une courte majorité. La coalition au pouvoir, Benno Bokk Yakaar (Union autour d’un même espoir), dispose de 83 sièges sur les 165 pourvus, les cinq coalitions de l’opposition se partageant les 82 autres avec Yewwi Askan Wi (Libérer le peuple, 56), Wallu (Secourir le Sénégal, 24), Bok Guiss Guis (Même vision, 1), Aar Sénégal (Protéger Le Sénégal, 1) et Les Serviteurs (1).
Une économie relativement diversifiée
L’agriculture sénégalaise repose sur des cultures vivrières (mil, sorgho, maïs, riz) et de rente (arachide coton). Les Autorités ont annoncé le lancement de la production de blé fin 2023 pour réduire la dépendance à l’extérieur. Le Sénégal bénéficie d’importantes ressources halieutiques qu’elle exploite surtout pour l’exportation. Le secteur agricole emploie environ 40% de la population1 .
L’activité industrielle concerne surtout l’exploitation des ressources minières (principalement or et minerai de phosphate), mais aussi la transformation de produits alimentaires (arachides, produits de la mer), le raffinage de pétrole importé ainsi que la production d’engrais et de ciment.
Le pays mise sur le développement de la production d’hydrocarbures grâce à la découverte d’importantes réserves au large des côtes en 2014 (champs pétro gaziers de Grand Tortue Ahmeyim – GTA exploité par BP et Kosmos Energy ; champ de Sangomar exploité par Woodside Energy). L’attribution des blocs pour l’exploitation a débuté en 2018 et le pays compte lancer la production fin 2023 (report d’un an en raison de la crise sanitaire) avec un objectif de 100 à 125 000 bl/j et 2,5 Mt de GNL. Un troisième gisement (Yakaar Teranga) doit fournir du gaz pour la production d’énergie locale. Son exploitation doit être lancée en 2024. En octobre 2022, le Sénégal est devenu observateur au Forum des pays exportateurs de gaz (Gas Exporting Countries Forum/GECF), l’équivalent de l’OPEP pour les producteurs de gaz.
Les services sont dominés par le commerce, l’immobilier et les services publics. Le tourisme figure parmi les objectifs prioritaire du Plan Sénégal émergent (PSE) depuis 2013. Le secteur vise l’accueil de 3 Mns de visiteurs à l’horizon 2035 (1,8 Mns en 2022).
Une croissance portée par le secteur des hydrocarbures
Le taux d’inflation, qui a atteint un niveau historique pour le pays de plus de 14% en novembre 2022 a contribué au ralentissement de la croissance à moins de 5% en 2022.
Les prévisions sont plus favorables à partir de 2023 grâce au lancement attendu de la production d’hydrocarbures qui devrait fortement stimuler la croissance, les exportations et les revenus de l’Etat. La réalisation du port en eaux profondes de Ndayane et des projets dans le secteur de l’énergie (centrale hydroélectrique de Sambangalou et centrale de Saint Louis) soutiendront les investissements. La reprise du tourisme et la production agricole devraient également contribuer au rebond de l’activité.
La hausse des prix, bien qu’en repli reste relativement élevée (9% en avril 2023 contre 5,2% en Côte d’Ivoire) et pourrait continuer à limiter la progression de la demande en 2023. L’inflation devrait s’atténuer en 2024.
La BCEAO a relevé progressivement son taux de référence (taux marginal) de 4% début 2022 à 5% en mars 2023. De nouvelles hausses sont possibles, en lien avec les décisions de la BCE.
Le FMI prévoit ainsi +8,3% en 2023 et +10,6% en 2024. Le Sénégal enregistrerait ainsi les taux de croissance les plus élevés d’Afrique sub-saharienne. Les recettes provenant des hydrocarbures constituent une condition importante des rééquilibrages partiels attendus sur les finances publiques et le solde courant en 2023/24.
Malgré les perspectives très favorables, les prévisions de croissance restent, comme dans la plupart des économies, soumises à d’importantes incertitudes concernant notamment l’évolution de la croissance mondiale et des conditions de financement, les conséquences du conflit en Ukraine, mais aussi la situation politique et sociale nationale dans la perspective des élections de 2024.
A plus long terme, la croissance devrait être davantage soutenue par le plan de développement Plan Sénégal Émergent (PSE) que par la production d’hydrocarbures, qui devrait rester modérée. Le FMI anticipe une croissance annuelle moyenne de l’ordre de 5% pour la période 2025-2027, inférieure à celle de 2014-2018 (6%).
Un système bancaire globalement sain
Le pays compte environ 25 établissements, quasi exclusivement privés, dominés par les groupes bancaires étrangers. Il existe en outre plus de 35 institutions de microfinance et le mobile banking se développe rapidement.
Le gouvernement a mis en place une stratégie d’inclusion financière à compter de 2022 avec l’objectif d’atteindre un taux d’inclusion de 65% pour les adultes et 90% pour les PME d’ici 2025.
Le niveau de capitalisation des banques sénégalaises, de l’ordre de 12% en juin 2022, est globalement satisfaisant. La BCEAO a pris des mesures pour améliorer la liquidité du secteur et favoriser l’accès au crédit pendant la crise sanitaire.
Le ratio de créances douteuses a légèrement baissé pour atteindre 11,2% mi 2022. Certains établissements présentent toutefois des fragilités. C’est le cas du pôle financier de la Poste qui pourrait faire l’objet d’une restructuration dans le cadre d’un plan d’action défini en 2022.
Perspectives et enjeux
Le Sénégal a pour ambition d’être un pays émergent d’ici 2035 et est en bonne voie d’y parvenir, en dépit des crises à répétition traversées depuis 2020. C’est à cette fin que le gouvernement a lancé, en 2014, le Plan Sénégal Émergent (PSE), qui reste au prix de quelques ajustements la feuille de route économique du pays.
Le pays dispose d’atouts significatifs, à commencer par une stabilité politique et sociale quasi-inégalée dans la sous-région et en Afrique.
La position de hub de l’Afrique de l’Ouest, un cadre macroéconomique et monétaire robuste, le potentiel démographique (44 % de la population a moins de 15 ans), le potentiel touristique, agricole et minier, le dynamisme du secteur numérique, l’ouverture et l’appartenance à de grands ensembles régionaux (UEMOA, CEDEAO…), sont autant de paramètres favorables à la croissance et aux investissements.
Les entreprises étrangères assument et revendiquent une forte présence au Sénégal. Installées dans la durée, elles contribuent fortement à l’économie du pays, à ses recettes fiscales et à la montée en puissance de sa main d’œuvre via des transferts de technologie et des actions de formation menées par les différents organismes et les collectivités locales, que leurs concurrents sont loin d’offrir. Elles pratiquent une collaboration gagnant-gagnant avec les entreprises et les autorités sénégalaises.
SECTEURS PORTEURS
Projet (Bus Rapid Transit) BRT
D’un coût global de 457 M EUR, le projet porte sur la construction d’un itinéraire de 18,3 km entre le centre-ville de Dakar et la banlieue de Guediawaye. 23 stations seront desservies (dont 3 pôles d’échanges), et 300 000 passagers transportés par jour à partir de 2022. il comporte 4 composantes : infrastructures, flotte de véhicules et systèmes ; restructuration du réseau routier ; renforcement des capacités et suivi ; sécurité routière.
Train Express Régional (TER)
La phase 1 est quasiment achevée : d’un coût de près d’1 Md EUR, elle a porté sur la construction de 36 km de voie entre Dakar et le nouveau pôle urbain de Diamniadio.
La phase 2 portera sur 19 km entre Diamniadio et l’aéroport AIBD, d'un coût estimé à environ 300 M EUR (plusieurs bailleurs ont déjà confirmé leur participation).
Comme pour le BRT, l’objectif est que le TER soit pleinement opérationnel pour les Jeux olympiques de la jeunesse qui se dérouleront à Dakar en octobre et novembre 2022.
La nouvelle ville de Diamniadio
Projet phare du Plan Sénégal Émergent – située à 30 km de Dakar, sur 1 644 ha, divisée en 4 arrondissements et qui a pour objectif principal de décongestionner la capitale Dakar.
Lancée en 2014, Diamniadio compte déjà quelques infrastructures opérationnelles : stade omnisport, hôtel 5 étoiles, sphères ministérielles, logements, centre de conférence, centre d’exposition, etc.
À terme, la nouvelle ville devrait accueillir 300 000 habitants au sein d’une « matrice urbaine complète » (logements, bureaux, centres hospitaliers, campus, etc.) et « durable » (espaces verts, traitement des déchets, centrale solaire).
De nombreux projets portés par des acteurs privés sont prévus (hôtels, écoles, parc de loisirs, centres commerciaux, etc.).
Pôle urbain du Lac Rose
Il vient compléter l’offre de services disponibles à Diamniadio, avec une vocation touristique, résidentielle haut de gamme et agroindustrielle. Le pôle de 13 villages sera aménagé sur un périmètre de 7 000 ha. En phase de développement, les besoins en investissement sont évalués à près de 669,4 M EUR.
Infrastructures publiques
Les Jeux olympiques de la Jeunesse devraient se tenir au Sénégal en 2026 (JOJ 2026). Dans ce cadre, il est prévu la rénovation et la réalisation de nombreuses infrastructures sportives.
Le projet du Train Express Régional (TER – phase 2) et la construction d’un nouveau réseau ferroviaire de 1 520 km sont prévus pour les cinq prochaines années, pour un coût global d’environ 2,12 Mds EUR.
Le projet de construction d'une polyclinique 5 étoiles à l’hôpital Principal de Dakar.
Le programme de construction de 100 000 logements sur 5 ans.
ENVIRONNEMENT DES AFFAIRES
Le gouvernement du Sénégal met en œuvre depuis 2013, le Programme de Réformes de l’Environnement des Affaires et de la Compétitivité (PREAC). De nombreuses innovations ont été apportées à l’instar de la suppression du capital social pour la création d’une SARL, la création de guichets uniques pour la constitution d’une entreprise ou le raccordement à l’électricité, la dématérialisation des procédures douanières, la réduction des taxes pour les sociétés qui investissent, ainsi que les différentes incitations fiscales permises par le Code des Investissements et le régime d’entreprise franche d’exportation. La mise sur pied d’un paquet de 52 mesures a propulsé le Sénégal parmi les 10 meilleurs réformateurs au monde par le classement « Doing Business » établi par la Banque Mondiale et ses partenaires.
Le Sénégal a signé plusieurs Accords de Protection et de Promotion des Investissements (APPI) avec plusieurs dizaines de pays partenaires à travers le monde. Dans un contexte de mondialisation, ces accords améliorent la sécurité juridique des investissements. Ils prévoient le rapatriement libre des capitaux d’investissement et des retours sur investissement, garantissent l’expropriation et prévoient une clause de la Nation la Plus Favorisée (NPF) au traitement des investisseurs. Ils prévoient aussi l’indemnisation des pertes en cas de guerre, de conflit armé ou d’émeute. Le Sénégal est pleinement engagé à améliorer son climat des affaires pour promouvoir les investissements et favoriser une croissance économique tirée par le secteur privé.
INVESTISSEMENTS DIRECTS DE L'ETRANGER (IDE)
Position extérieure
Le déficit courant devrait rester élevé en 2022 avant de se réduire progressivement Les exportations sénégalaises sont diversifiées. Les produits de la mer et minéraux (or) pèsent cumulativement pour près de 30% des recettes d’exportation. Le poids des produits transformés (à partir de pétrole importé, de phosphate extrait localement, ciment) est à peu près équivalent. L’Afrique représente un marché important pour le Sénégal (plus de 40% des exportations) en particulier les pays de l’UEMOA.
Le déficit courant est estimé à -16% du PIB en 2022, malgré des cours élevés de l’or et des phosphates. en raison de l’important besoin en biens et services importés et de leur renchérissement (énergie, biens alimentaires…).
À partir de 2023, les exportations devraient progresser grâce à l’exploitation des réserves d’hydrocarbures. Selon les estimations du FMI (sur la base d’une hypothèse d’exportation de 100% du gaz du champ de GTA et 70% du pétrole brut, le solde étant raffiné localement), les exportations augmenteraient de 5% de PIB entre 2023 et 2030. Les transferts d’expatriés sont une source importante de revenus, représentant de l’ordre de 9-10% du PIB. Le déficit courant devrait ainsi se réduire, surtout à partir de 2024.
Reprise des flux d’investissement
Le Sénégal est l’un des rares pays d’Afrique subsaharienne à avoir enregistré une hausse des flux d’IDE en 2020 (+39%) alors qu’ils étaient en recul de 11% sur la zone selon la CNUCED. La tendance s’est confirmée en 2021 (+21%) à 2,2 Mds$. Les investissements étaient centrés sur les secteurs de l’énergie. Les trois Zones Economiques Spéciales (ZES) orientées vers l'agrobusiness, les technologies de l'information et de la communication ainsi que le tourisme, devraient contribuer à soutenir les flux d’IDE. Le gouvernement souhaite par ailleurs impliquer fortement le secteur privé dans la réalisation de son plan de relance (PAP2A) qui pourrait attirer les entreprises étrangères.
Du Franc CFA à l’Eco
Membre de l’UEMOA, le Sénégal appartient donc à la zone Franc. Fin décembre 2019, le président ivoirien A .Ouattara a annoncé une réforme du Franc CFA, prévoyant notamment :
- un changement d’appellation de la monnaie de Franc CFA en ECO11
- la fermeture du compte d’opérations ouvert auprès du Trésor français, sur lequel la BCEAO déposait, au moins 50% de ses réserves
En revanche, ni la garantie de convertibilité de la France, ni la parité fixe face à l’euro n’ont été remises en cause par cette réforme, dont la mise en œuvre n’est pas encore effective.
Le cours du F CFA s’est déprécié de l’ordre de -5,5 % face au dollar en 2022, moins que les monnaies du Ghana (près de -40%), ou du Nigeria (-10%). Il était mieux orienté début 2023 (+ 2% entre janvier et mai). Les réserves de la zone UEMOA centralisées par la BCEAO étaient en repli en 2022 à 11,4 Mds FCA, représentant de l’ordre de 4 mois d’importations. Le FMI prévoit une nouvelle baisse en 2023 (3,6 mois). Le retour potentiel des pays sur les marchés internationaux et les financements obtenus auprès des prêteurs officiels (notamment FMI) seront déterminants pour l’évolution de ces réserves.
